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Les scenarii de l’ADEME pour une neutralité carbone en 2050

Le 30 novembre 2022, l’ADEME présentait 4 scénarios pour atteindre la neutralité carbone.

Ces 4 scénarios sont basés sur les mêmes types de données, aboutissent tous à la neutralité carbone en France en 2050, mais avec des choix de société différents.

Les études ont pris en compte les besoins en eau, la production des déchets, la consommation et production d’énergie, et de biens de consommation, et les émissions et possibilité de captage de gaz à effets de serre dans des puits de carbone naturels ou technologiques.

Les secteurs impactés sont pris en compte à chaque fois : agriculture, bâtiment, transport, forets, énergie.

L’ADEME tire 9 enseignements fondamentaux de l’établissement de ces scénarii :

1- Toutes les voies pour atteindre la neutralité carbone en 2050 nécessitent une planification de la part de l’état, des territoires, des acteurs économiques et des citoyens.

2- Tous comportent une part de risque, mais tous n’ont pas les mêmes conséquences environnementales, sociales et économiques.

3- Tous impliquent une action rapide et d’ampleur.

4- La neutralité carbone passera forcément par une réduction de la demande en énergie, s’appuyant sur différents leviers selon les scénarii.

5- Le secteur industriel devra forcément se transformer en profondeur.

6- Le vivant sera fondamental dans la transition à l’aide de 3 leviers : stockage de carbone, production de biomasse, réduction des gaz à effet de serre.

7- L’adaptation des forêts et de l’agriculture est prioritaire dans la lutte contre le changement climatique.

8- Selon les scénarii, la pression sur les ressources naturelles, comme l’eau, les matériaux de construction, pourra varier d’un facteur 2.

9- Enfin, dans tous les scénarii, l’approvisionnement énergétique reposera, en 2050, à plus de 70% sur les énergies renouvelables et le principal vecteur énergétique sera l’électricité.

Les 4 scenarii :

  • S1 : génération frugale :

Ce scénario implique de profonds changements de modes de vie, basés sur la frugalité et la sobriété choisies, mais également contraintes : division par 3 de la consommation de viande, part du bio dans l’alimentation à 70 %, limitation des constructions neuves, rénovation énergétique généralisée, réduction forte de la mobilité.

Le commerce international est limité, au profit du local ; les métropoles perdent de leur importance. La production industrielle est relocalisée au plus près des besoins, environ 70% des principaux matériaux utilisés provient du recyclage, la réutilisation et la réparation sont généralisées.

Bilans de ce scénario :

  • Division par 2 de la demande énergétique globale
  • 88% d’ENR dans la consommation d’énergie
  • La neutralité carbone est atteinte grâce aux puits de carbone biologiques (forêts, sols, biomasse) uniquement.

Le bilan est en faveur de la captation de CO2.

 

  • S2 : coopérations territoriales :

Ce scénario repose sur un partage de la gouvernance entre les collectivités territoriales, les secteurs public et privé et la société civile. Pour maintenir la cohésion sociale, une évolution rapide mais progressive, permet d’atteindre un système durable qui allie sobriété et efficacité, dans le cadre d’une économie de partage : division par 2 de la consommation de viande, part du bio dans l’alimentation à 50 %, rénovations massives avec un habitat de taille plus adaptés, mobilité maîtrisée.

L’accent est mis sur une gouvernance partagée, sur la coopération européenne, mais également des territoires entre eux : la fiscalité environnementale est généralisée, les villes moyennes reprennent de l’importance.

D’importants efforts sont menés dans la réindustrialisation de secteurs ciblés, grâce à la planification publique ; environ 80% des principaux matériaux utilisés provient du recyclage.

Bilans de ce scénario :

  • Le mix énergétique est dominé par la biomasse.
  • L’électricité est essentiellement décarbonée : 86% d’ENR dans la consommation d’énergie
  • La neutralité carbone est atteinte grâce aux pratiques agricoles favorables, au niveau modéré de prélèvements dans les puits de carbone biologiques (forêts, sols, biomasse), et au développement du captage et stockage de CO2 (CCS) sur certains procédés industriels.

Le bilan est en faveur de la captation de CO2.

 

  • S3 : Technologies vertes :

Ce scénario mise davantage sur le développement technologique pour répondre aux défis environnementaux que sur la sobriété. Il se base sur les progrès technologiques et du numérique pour atteindre une forte efficacité en termes d’énergie et de matière. Cela profite aux populations qui en ont les moyens financiers.

Baisse de 30% de la consommation de viande, part du bio dans l’alimentation à 30 %. Reconstruction de logements neufs et performants, utilisant une quantité importante de ressources naturelles, mais sur la base de matériaux et systèmes moins carbonés, mobilité accrue et accompagnée par l’État. Les territoires sont mis en concurrence, et les métropoles s’agrandissent.

L’économie est basée sur une croissance verte, avec des échanges restent mondialisés, et une industrie toujours plus décarbonée. Environ 60% des principaux matériaux utilisés provient du recyclage.

La biomasse est très fortement utilisée via une agriculture intensive et une augmentation des surfaces de culture pour l’énergie.

Bilans de ce scénario :

  • Le mix énergétique est dominé par la biomasse, l’utilisation de l’hydrogène est massive.
  • L’électricité est essentiellement décarbonée : de 81 à 87% d’ENR dans la consommation d’énergie
  • La neutralité carbone est atteinte grâce au captage et stockage de CO2, à part égale avec les puits de carbone biologiques, dont la surface générale diminue à cause de la consommation forte de bois.

Le bilan reste en faveur de la captation de CO2.

 

  • S4 : Pari réparateur :

Ce scénario permet de conserver les modes de vie du début du XXIème siècle, mais s’appuie sur le seul pari, fort, et risqué, d’une évolution des technologies permettant de conserver un monde vivable.

La société continue de consommer en masse et voit en la nature une ressource à exploiter. Peu d’évolution concernant l’alimentation et l’habitat. Seule l’amélioration du rendement énergétique des équipements, et l’utilisation de nouvelles technologies très efficace permettent même d’augmenter la mobilité et de réduire les temps de trajet.

Le système énergétique est centralisé. Les villes s’étendent.

Les échanges commerciaux mondiaux ne diminuent pas. L’exploitation des ressources naturelles est poussée à son maximum. Environ 45% des principaux matériaux utilisés provient du recyclage.

Plus de 75% de la biomasse est valorisée en énergie ; l’agriculture et l’industrie sont de plus en plus intensives.

Bilans de ce scénario :

  • Le mix énergétique est fortement électrifié, avec une importante demande énergétique utilisant encore une forte quantité de gaz décarboné importé.
  • L’électricité est essentiellement décarbonée : 70% d’ENR dans la consommation d’énergie
  • La neutralité carbone est presque atteinte essentiellement grâce au captage et stockage de CO2 dans l’industrie, en sortie des cheminées bois-énergie, dans l’air ambiant.

Le bilan carbone est très légèrement positif en faveur des émissions de CO2.

 

Les choix entre ces 4 scénarii devront se faire en établissant des débats sur 5 problématiques incontournables :

  • La sobriété : jusqu’où ?

Seul le scénario 4 renonce au levier que représente la sobriété pour atteindre la neutralité carbone. Le pari que fait ce scénario est énorme.

Le scénario 3 mise sur les technologies pour pouvoir se contenter d’une sobriété modérée, mais conduira à un solde d’émission important le temps du développement de ces technologies.

Les scénarii 1 et 2 font le choix d’une sobriété plus importante :  sobriété d’usage (moins de consommation), sobriété de dimension des équipements, sobriété de coopération et de partage.  Ces scénarii conduisent à des émissions résiduelles plus faibles, et qui peuvent être compensées par des puits de carbone. Ces modèles de sobriété heurtent le mode de pensée dominante consumériste, et s’avère clivante. Elles nécessitent des transformations sociales rapides et fortes.

Le scénario 2 recherche un consensus, contrairement au scénario 1, mais cela ralentit le rythme de la transition. Le scénario 1 fait un pari fort à cause des clivages qui risquent d’apparaître au sein de la société. Un scénario de sobriété demandera un réel effort d’équité : on ne peut pas envisager de demander une diminution de consommation à la population la plus modeste.

  • Peut-on s’appuyer uniquement sur les puits naturels de carbone pour atteindre la neutralité ?

Quelque soit le scénario envisagé, la neutralité carbone ne pourra advenir qu’en utilisant les puits naturels de CO2, aux très fortes capacités de stockage.

Ces puits naturels sont suffisants dans les scénarii 1 et 2, peu consommateurs d’énergie et de biomasse, avec faible artificialisation des sols et urbanisation, mais au prix d’une forte évolution des modes de vie, ce qui ne fait pas consensus.

Les scénarii 3 et 4 sont basés sur une exploitation plus importante des milieux naturels, dont la surface diminue. Les puits technologiques de carbone sont nécessaires.

Le scénario 3 parvient à équilibrer et maîtriser les coûts.

Le scénario 4 doit systématiser le captage du CO2, très énergivore, au prix de technologies dont on ne sait pas si elles seront prêtes à temps. Le captage du CO2 et son stockage dans le sous-sol posent également des questions d’acceptation.

En conclusion, on ne peut pas se passer d’une politique active de développement des puits agricoles et forestiers, conjointement au développement de technologies de captage, utilisation et stockage du CO2.

  • Qu’est-ce qu’un régime alimentaire durable ?

En France, l’alimentation responsable du quart de l’empreinte carbone. La part des protéines animales dans les repas est un des facteurs de premier ordre sur l’impact environnemental de l’alimentation.

Tous les scénarii, sauf le 4, font évoluer le régime alimentaire des Français vers moins de protéines animales. Les bénéfices de ces changements sont multiples : libération de terres agricoles, facilitation de la conversion en bio, systèmes agricoles moins intensifs, production relocalisée, résilience des territoires, réduction des impacts sur les écosystèmes. Sans parler des impacts bénéfiques sur la santé.

  • Artificialisation, précarité, rénovation, une autre économie du bâtiment est-elle possible ?

Le bâtiment représente près de la moitié de la consommation d’énergie française, et 1/4 des émissions de gaz à effet de serre. Le logement représente 30% du budget des ménages. De nos jours, les équipements se multiplient, et la surface des bâtiments augmente.

Les 2 premiers scénarii limitent l’impact du bâtiment par la rénovation, le développement de l’habitat collectif et du partage de pièces, la suppression des résidences secondaires et la sobriété dans l’usage des équipements électriques et numériques. Ces scénarii vont de pair avec un modèle industriel sobre, fondé sur l’économie circulaire pour faciliter la rénovation.

Les 2 derniers scénarios misent sur la technologie et la construction neuve, dont le pendant négatif est une consommation de matières et d’énergie très importante.

  • Vers un nouveau modèle industriel : La sobriété et elle dommageable pour l’industrie française ?

La relocalisation de l’industrie en France est aujourd’hui reconnue comme nécessaire, mais elle ne se fera pas sans impact. Deux leviers peuvent être activés.

Les scénarii 1 et 2 privilégient la qualité à la quantité, en se basant sur l’économie circulaire. Les produits sont plus chers mais durables.

Les scénarii 3 et 4 sont plus quantitatifs en utilisant des énergies décarbonées. Cela implique des défis industriels majeurs.

En conclusion : dans tous les cas, il faudra des grands plans d’investissement, utilisant une énergie décarbonée efficace pour atteindre la compétitivité. Il faudra des politiques d’emploi et formation ambitieuses pour accompagner la mutation des industries. La place des politiques publiques dans ces transformations devra faire débat.

 

Toutes les modélisations n’ont pas encore été lancées : c’est pour cela que, début 2022, paraitront les résultats définitifs des études sur le mix électrique, les empreintes matière et gaz à effet de serre, des différents scénarii.

sources: transitions 2050 – ADEME

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